La Capoeira

En bref

La capoeira est un art martial brésilien dérivé de la lutte africaine, né de l'esclavage au Brésil. Elle se distingue des autres arts martiaux par son approche plus acrobatique et souvent confondu avec une danse.
Elle a permis à de nombreux esclaves de s'initier à un art martial, caché sous des mouvements de danse, sans pour autant être soupçonné de cette pratique par la police, jusqu'à l'interdiction en 1890, malgré l'abolition de l'esclavage en 1888. Elle fut autorisé au début de XXe siècle grâce à sa démocratisation, gagna en popularité et fut soutenue par de nombreux artistes, penseurs et hommes publics. Ce fut le début de l'ascension fulgurante de la capoeira


La pratique

  
La capoeira se pratique dans une roda ( ronde en français), cercle formé par les capoeiriste, dirigé par les instruments. Deux pratiquants se lance au centre de celle-ci, tout en respectant certaine tradition et commence  les jogos ( jeux). 
L'ensemble des mouvements de la capoeira sont essentiellement des coups de pieds rotatifs ou directs, avec une certaine liberté d'utilisation des mains, de la tête, des coudes mais également des mouvements pour faire tomber l'adversaire. 
Les déplacements peuvent être: debout, au sol voir même dans les aires, tout en partant de la base de la capoeira, la Ginga.

La Roda

La ronde est le coeur de la capoeira et sa principale caractéristique, elle développe, par ces chants et le rythme des instruments, "l’énergie" qui pousse les capoeiriste au centre de la ronde à ce surpasser.
Illustration de : "bahia de Todos/ Guia das ruas e  misterios da  cidade  de Salvador"


Les instruments qui composent la ronde régional sont:
  • Trois berimbau: Viole( aigue), Metge( meduim) et Gunga( grave)
  • Deux pandeiro
  • Un atabaque
  • Un agogo
La personne qui détient le berimbau Gunga est maître de la ronde, il décide du début et de la fin de celle ci, tandis que le capoeiriste qui chante détermine la vitesse et le rythme des jogos.

Le démarrage de la ronde suit un rituel très précis. Une fois formée, deux capoeiriste viennent s'accroupir au pied du berimbau principale. A ce moment le berimbau principal commence à jouer seul pour être suivi par la suite des deux autres, puis au tour de l'atabaque, le pandeiro et enfin l'agogo. Une fois que tous les instruments sont en action, un capoeiriste commence à chanter, chantant seul les couplets et l'ensemble de la ronde chantant les refrains. Et  c’est uniquement lorsque la roda chante le premier refrain que les deux capoeiristes qui étaient en attente peuvent commencer à  jouer. Les autres capoeiristes peuvent prendre la place d'une des deux personnes au centre de la ronde,tout en respectant les grades, en passant au préalable s’accroupir au pied du berimbau central.

Il faut en contre partie distinguer les rondes de rues ouvertes à tous, qui sont un lieu de rencontre privilégié entre les membres de différentes académies, des ronde d’écoles  dirigées par des maîtres ou professeur. 

Un peu d'histoire

Au XVIème siècle, l'esclavage est en plein essor au Brésil et la condition d'esclave est particulièrement difficile. Les esclaves africains sont traités comme du bétail : choisis pour la qualité de leurs dents et de leur force physique, ils sont forcés à travailler sans repos, souffrent des coups de bâtons et dorment dans les senzalas. Si leur force physique est critère de choix pour leur maître, leur force mentale n'est pas moins négligeable. En effet, jamais ils n'acceptèrent la captivité ni le fait d'être vendus et achetés comme de simples marchandises. A toutes les époques, ils ont cherché à reconquérir leur liberté. Cependant, ils ne pouvaient obtenir aucune des armes de l'époque ; ils ont donc, à partir de leurs traditions, développé un art de défense utilisant uniquement les ressources du corps.
 Les maîtres et les surveillants ne se rendaient pas compte du danger que représentait cette danse, et n'imaginaient pas qu'elle cachait toute la révolte et le désespoir des esclaves. La capoeira est sans doute née ainsi ; en tapant des mains, en chantant des chansons aux paroles allusives, en dansant. Elle maintenait des perspectives de fuite, de révolte, de liberté ainsi que de dignité pour les Nègres du Brésil.
Certains esclaves réussirent à prendre la fuite, se regroupèrent et constituèrent des quilombos, véritables villages organisés, voire des forteresses, dissimulés en pleine forêt afin de résister aux troupes coloniales.
  
Parmi les plus connus, le Quilombo de Palmarès a tenu tête aux armées portuguaises et néerlandaises pendant prêt de 100 ans en particulier sous le règne du Roi Zumbi. Celui-ci, après avoir refusé d'être affranchi avec les autres quilombolas de Palmarès tant que d'autres frères noirs étaient encore esclaves dans le pays, devint une figure mythique de la révolte des noirs contre l'esclavage. Il est aujourd'hui considéré comme le leader spirituel de la lutte des noirs contre l'oppression et l'esclavagisme et est considéré comme un héros.



La capeoira, une arme redoutable et redoutée. 


Alors que le XIXème siècle voit l'abolition de l'esclavage prendre forme progressivement, la capoeira est utilisée stratégiquement par le gouvernement brésilien. Ainsi, lors de la guerre sanglante du Paraguay entre 1865 et 1870, l'armée du Brésil utilise bon nombre de capoeiristes comme soldats guerriers. De même, en 1890 (année de l'abolition définitive de l'esclavage), les capoeiristes sont également exploités par le pouvoir monarchique qui utilise leur efficacité au sein d'une Garde Nègre au service de la couronne contre les républicains. On envoie les capoeiristes semer le trouble dans les réunions politiques de ses opposants.

Mais si le gouvernement brésilien peut trouver un intérêt particulier à la capoeira, il ne participe pas à véhiculer une image positive de cet art. Ainsi, le nouveau contexte des concentrations urbaines naissantes voit apparaître le métis ainsi que les bandes de malandros (hors-la-loi) écumant les rues et réglant leurs différents parfois avec des techniques de capoeira dans des rixes à l'arme blanche. A cette époque tous les malandros ne sont pas capoeiristes, mais tous les capoeiristes sont des malandros. La capoeira prend donc alors une image très négative.

De même, après l'abolition de l'esclavage, des milliers de gens se retrouvent libres, livrés à eux-mêmes, sans logement, sans nourriture, sans travail et donc sans argent, dans la misère et la pauvreté. Pour survivre, des milices criminelles appelées "maltas", composées de capoeiristes, vont se former et répandre la violence. Ils pillent et agressent les plus riches. C'est à cette période que surgissent des figures légendaires, les "jogadores" terribles, lutteurs très dangereux comme Besouro Manganga, Nascimento Grande ou encore Manduca da Praia, chantés encore aujourd'hui dans les rondes de capoeira. C'est à cette époque aussi que les capoeiristes vont se donner des surnoms afin de ne pas être pris par la police. Les surnoms étant déjà beaucoup utilisés dans la culture brésilienne en général, cette tradition est restée chez les capoeiristes jusqu'aujourd'hui. Le capoeiriste novice obtient souvent lors de ses premières années un surnom qui l'identifiera au sein des autres capoeiristes. (Ex : Faisca est un surnom que Dara a reçu lors de sa première année de capoeira et tout le monde à la capoeira l'appelle désormais ainsi).
La réputation de la capoeira devint si mauvaise qu'elle fut interdite par un décret-loi de1890 qui en interdira la pratique jusqu'en 1937. Pourchassés par la police, les capoeiristes hors-la-loi risquent plus de 300 coups de fouets, la section des tendons, la prison, la mort ou l'exil.


By Aluno He-man Senzala




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